St martin Ezpata dantza

 La ville de Biarritz –- un port de pécheur à la destinée historique atypique.

L’histoire de Biarritz se fait au travers et à partir , de ce petit port de pêche réputé par ses pécheurs de baleines, transformé en station balnéaire d’où naissent les bains de mer grâce à une célèbre impératrice qui aimait l’océan, mais aussi par les visites incessantes des têtes couronnées,  de l’élite de la république, du Prince de Galles futur Edouard VII qui y fera construire le premier golf.

Le début du XXème siècle sera celui des deux casinos où l’on vient flamber aux jeux. Malgré les heures sombres de la seconde guerre mondiale où Biarritz est placée en zone interdite et  bombardée, ce petit coin de terre et d’océan saura durant les « trente glorieuses » attirer tourisme, personnalités et stars.

Le surf et les sports de glisses y trouveront très vite une place importante ainsi que de nouvelles perspectives tournées vers la santé avec la thalassothérapie, l’organisation de congrès, et très récemmant de divers Festivals dont « le Temps d’aimer – La Danse » depuis la venue à Biarritz du Malandain Ballet – Centre chorégraphique National.

La création du conservatoire de danse à Biarritz, et de nouveaux évènements liés à cet art fera de cette ville un lieu définitivement tourné vers la Danse.

 La Compagnie Maritzuli Konpainia et la Danse Basque à Biarritz

Depuis ses débuts, de par nos réalisations tant au niveau des créations propres de la Compagnie de ses implications et de son travail avec les enfants en milieu scolaire et au sein même de Maritzuli, notre volonté est d’essayer de nous immiscer à l’histoire de la ville tout en gardant notre personnalité de danseurs basques.

Malgré les thèmes très divers, qu’ils soient traditionnels ou plus contemporains que nous avons traités lors de nos spectacles, malgré toutes les recherches en matière de danse qui nous mènent à recréer des moments de danse historique tel que la célèbre Pamperruque Bayonnaise du 18ème siècle, nous n’avions pas encore envisagé et donc imaginé comment mêler danse basque, à la ville et à l’histoire atypique de Biarritz.

Nous savons qu’il faut à cet endroit un évènement qui est en accord avec la ville, son passé mais aussi avec son présent.

La Compagnie Maritzuli à l’occasion de ses quinze années d’existence en 2014 pense et veut proposer aux danseurs et à la ville, une danse basque cérémonielle ou de « protocole » qui lui sera propre et unique. Une danse qui marquera le lieu et les personnes par sa spécificité, son originalité, sa force et surtout par son « appartenance » à l’histoire de la danse basque mais aussi au lieu où elle se déroule.

Il s’agit donc de donner vie à une fête spécifique à partir des modèles traditionnels du pays basque dans un processus de création pour la ville. En aucun cas nous ne voudrions récupérer et importer une danse ancienne du fin fond de notre pays.

Saint Martin –  Saint Patron de Biarritz – fêtes de Biarritz.

  • La légende de Saint Martin

Le militaire Martin, venu de Hongrie, membre de l’armée romaine, partage son manteau avec un pauvre, à la porte d’Amiens.

Bien mal lui en a pris, car il est interdit de détériorer le matériel militaire. En guise de punition, on l’a déshabillé, puis on l’a attaché à un poteau. Pourtant, il faisait bien froid. Mais tout à coup, le froid est tombé, le temps s’est radouci, le soleil est apparu et les arbustes ont refleuri. Pendant les trois jours de sa punition, le beau temps fit que Martin ne souffrît pas du froid.

La nuit, il vit Jésus en songe qui lui promit un éternel printemps au Paradis et l’assurance que, chaque année, à la même époque, le beau temps apparaîtrait. C’est ce qu’on appelle l’été de la Saint Martin.

D’autres racontent que ce radoucissement s’est produit après sa mort, lorsqu’on ramenait son corps de Candes à Tours.

La plupart des statues de Saint Martin le représentent sur son cheval, coupant son vêtement. C’est ce qu’on appelle « la charité Saint Martin ».

  • La symbolique du mythe de Saint Martin

Cette coupure du manteau symbolise la coupure entre le temps chaud et le temps froid. L’été est terminé, l’hiver reprend ses droits.

Ouverte aux associations, la pensée populaire, rapproche cette histoire de l’ouverture des bogues des châtaignes pour y voir un emblème du passage à l’hiver. Observez une bogue après son mûrissement, vous la verrez ouverte, coupée en deux, symbolisant les deux périodes.

Le manteau (la mère) qui couvre le fruit est bien celui, « fait de poils grossiers » de Martin qui avance sur son âne, en quête d’âmes à convertir. La conversion de l’été à l’hiver provoque la déchirure du manteau et l’accouchement du fruit automnal préfigurant la naissance, 40 jours plus tard (fête du solstice), du soleil nouveau, de Jésus  ou de Mithra.

Une tradition veut que griller des châtaignes vers la période des morts, ce sont autant d’âmes du purgatoire qui passeront au Paradis.

Dans un passionnant article d’Annick Fedensieu, paru dans le bulletin de la Société de Mythologie Française, (n° 187, 97-98), il est fait mention de la petite devinette mise ici en exergue, mais aussi de Saint Martin prêchant sous un châtaignier, représenté sur un vitrail de l’église de la commune de Continvoir en Gatîne, près de Bourgueil, pays de Rabelais.

Martin – symbolise un « point d’orgue » important dans le déroulement du temps qui adopte un nouveau rythme, celui, avec la mort automnale, des pincements de l’hiver.

Tel un rythme musical qui se déroulerait à l’échelle météorologique et cosmique, le temps offre un contraste rythmique dans lequel, qu’on le veuille ou non, nous sommes entraînés.

  • Martin, l’ours et le mythe

Martin, aussi chrétien soit-il, n’en est pas moins considérablement mythifié. Il a donné son nom à bien des villages et à bien des églises, il a suscité bien des cultes et fut associé à de nombreux mythes paysans, marquant un retournement dans le temps.

Sa fête à un moment calendaire sensible de métamorphose correspond au début de l’hibernation de l’ours.

Martin est un des noms de l’ours.

L’ours a été un des premiers objets de vénération.

Son anthropomorphisme lui donne un rôle fréquent dans les aventures humaines et même dans les aventures sexuelles.

Un mythe de l’invention des menstrues raconte qu’une femme mariée avait des rapports avec un ours. – les femmes n’avaient pas encore de règles. Le mari les surprit en pleine copulation. Il tua l’ours et prit son sang dans la blessure qu’il jeta sur sa femme, juste à l’endroit du sexe en disant : « à partir de maintenant, tu seras maudite. Tous les mois le sang te viendra ».

(Cf. Le sacré et la violation des interdits – Laura Lévy Makarius, Payot 1974)

Encore aujourd’hui, beaucoup de femmes appellent les menstrues, les « ourses ».

Ce n’est pas pour rien que les enfants ont un ours dans leur lit. L’ours-animal ou les ourses-menstrues connotent la fécondité et la promesse de maternité.

Autrefois, en Grèce, les petites filles devenues réglées, allaient, en procession, au temple d’Artémis, en tenant leurs linges menstruels. Elles portaient des masques d’ours.

L’ours (le Arth, Arthur, Arthaud, Artémise… ou encore le Ber, Berne, Berlin, Berzé la ville, Bern-ard…) est velu et procède de l’humide, autant que le cerf ou le loup. Il est un des symboles de la fécondité. L’hiver venu, il entre en hibernation et n’en sortira qu’au printemps.

Ce qui veut dire qu’il est courageux (Mars) puisqu’il passera l’hiver aux enfers, en compagnie des âmes des morts et des démons. Dans le conte « Jean de l’ours », Jean, mi-ours mi-homme, combat le diable qui par la suite n’osera plus sortir des enfers.

L’association entre Martin et l’ours est donc une vieille histoire.

La légende Dorée présente Martin avec son manteau de poil et le fait prêcher dans les églises, assis sur un tabouret.

Ceux qui ont vu des montreurs d’ours peuvent relier ce que dit la légende dorée au fait qu’ils font souvent asseoir leur animal sur un tabouret.

Mais le pelage de l’animal est essentiel. L’ours possède le velu du sauvage qui se régénère dans la forêt, (cf. le vêtement de « l’homme à la peau d’ours » du conte de Grimm). Sa pelisse est le symbole de la végétation féconde et humide de la terre. (1) L’ours, aux allures humaines, et pourtant dieu antique des passages, Hermès dionysiaque, mangeant du miel et des sauterelles comme saint Jean-Baptiste au désert, comme saint Martin et ses vêtements à poils drus, comme Merlin dans sa forêt.

La vie de Saint Martin est marquée par des histoires de vêtements velus, grossiers, en poil de chameau etc. C’est pour cela qu’il est aussi patron des tailleurs.

Le temps s’est une nouvelle fois retourné dans son rythme effréné.

Il se retournera à nouveau au solstice d’hiver, dans quarante jours, à l’avènement du soleil nouveau.

(1) Le poil du « nounours » maternel qui rassure l’enfant.

Une ezpata Dantza à la Saint Martin

Danse de groupe itinérante,  imposante et protocolaire, c’est un genre de danse très répandue en pays basque et même au-delà de nos frontières dans toute l’Europe.

Cette création, danse du 21ème siècle s’inspire des modèles de danses traditionnelles qui nous ont été transmises tout en respectant le point de vue dynamique de la tradition. Nous voulons créer une danse vivante comme l’est la tradition elle-même, car la tradition est un processus dynamique qui fait le lien entre les générations. Nous voulons proposer une danse en accord avec les valeurs actuelles, et contrairement au fait que la danse basque soit réservée en majeure partie aux jeunes hommes, les danseurs qui participeront à cet évènement seront autant des garçons que des filles.

C’est sur l’image du partage de Saint Martin que nous nous sommes décidés au regard de l’histoire de la ville qui se conjugue et se partage entre pécheurs et aristocrates de proposer pour Biarritz une danse traditionnelle issue du peuple.

Un processus de création soutenu par des partenaires culturels et institutionnels

Déjà en partenariat avec la compagnie Maritzuli depuis plusieurs année, ce projet sera soutenu par :

La Mairie de Biarritz.

EKE – Institut Culturel basque.

Malandain Ballet – Biarritz – CCN.

Biarritz Culture.

Le Syndicat intercommunal d’aide à la culture basque (1er prix Ekimen).

Le Conseil Général des Pyrénées Atlantiques.

Le Conseil Régional d’aquitaine.

Juan Antonio Urbeltz, historien et Chorégraphe – Donostia.

Claude Iruretagoyena, danseur, chorégraphe, costumier, directeur de Maritzuli.

Jon Iruretagoyena, danseur, chercheur et chorégraphe de Maritzuli.

Claude Labat, Président de l’association Lauburu

Et divers partenaires privés.

Un processus de création pour et par des jeunes

Tout au long de l’élaboration du projet les jeunes participants seront partie prenante et donc danseurs interprètes mais aussi actifs dans la création et son déroulement. Il s’agit là aussi de moment de rencontres d’échanges essentiels pour unir le passé de nos traditions avec le présent et le futur qu’impose cette jeunesse.

Donner aux jeunes participants la fierté d’appartenir à un projet qui est le leur et celui de la ville.

Sous la coupe de chercheurs, Maîtres à danser et chorégraphes reconnus en pays basque, il nous appartient de donner aux acteurs de cette fête toute l’ampleur qu’elle et qu’ils méritent.

La valorisation de cet évènement en fera un moment dont ils doivent être fiers, afin qu’ils le portent chaque année et qu’ils le fassent évoluer sans cesse.

Une fête reconduite tous les ans avec invitation d’Ezpata Dantza du Pays basque.

Bien sûr notre idée est de pérenniser cette fête afin qu’elle soit adoptée des danseurs, musiciens, des biarrots et quelle fasse aussi partie d’un des grands moments de la Danse à Biarritz.

Outre sa célébration tous les ans, nous envisageons d’inviter une Ezpata Dantza différente chaque année, qu’elle soit issue du pays basque ou d’ailleurs.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :